Ilojazz : bien plus qu’un festival - beyond a festival
Attentifs à la diversification des goûts du public intergénérationnel, mais aussi aux colorations musicales des compositeurs, les organisateurs du festival Ilojazz (ville de Pointe-à -Pitre et Abymes) développent année après année, un concept rigoureux afin de sensibiliser, initier des publics diversifiés, former et professionnaliser des intervenants dans le domaine artistique et culturel ou encore permettre des rencontres entre professionnels locaux et internationaux.
Cap Excellence s’emploie à décloisonner le jazz afin ne pas faire de cette musique, à l’origine musique de combat, une chasse-gardée élitiste, comme le pense aussi le militant culturel Luc Michaux-Vignes, témoin de nombreux événements en Guadeloupe. Les programmateurs ont favorisé donc les échanges directs et participatifs ciblant tous les publics jusqu’aux plus éloignés de l’offre culturelle.
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ilojazz-2009
Depuis l’école primaire
Pour commencer par le bas de l’échelle des âges, les institutions en charge des questions éducatives et culturelles ont été approchées. Ainsi des scolaires âgée de 7 ans ont rencontré la conteuse Suzy Ronel en plein air pour mêler avec elle livre, lecture et musique. Un public, formé dès le plus jeune âge dans de bonnes conditions, constituera plus facilement un public averti, affirment certains intervenants de la rencontre organisée entre des spécialistes du jazz, des musiciens, universitaires et des enseignants sur le thème : «le Jazz caribéen … une langue identitaire?» lors de l’édition de décembre 2012.
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ilojazz-2010
aux retraités …
Une, voire deux générations plus loin, des personnes d’âge mûr ont assisté à un volet d’Ilojazz, à l’Université. Beaucoup d’entre elles n’en avaient jamais foulé le sol. Le responsable de la commission culture de l’Université, Thierry Césaire tient à ce que des stages, des débats ou encore des plateaux aient lieu dans cette enceinte pour l’ouvrir au grand public.
Ouvrir toutes les oreilles, tous les esprits
Au fil des éditions, les organisateurs du festival tiennent à pallier les obstacles d’ordre géographiques, économiques. Que ce soit la master class pour amateurs et professionnels, l’éveil au jazz à destination du très jeune public, le Karaoké Jazz pour amateurs, la restitution de travaux photographiques d’étudiants de l’Université des Antilles et de la Guyane ou encore pour les badauds, des déambulations publiques et l’happening d’un graffeur autour de la réalisation de fresque sur la place de la Victoire, ces opérations finissent par toucher un grand nombre de personnes.
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ilojazz2012
… et aller chercher celles, ceux que l’on croit les plus éloignés
Autre type de public: les jeunes en déshérence ou cumulant des problèmes familiaux graves. Avec le projet Photo Et pourtant Elles Parlent ! en 2009, six adolescentes du foyer féminin Le colibri ont bénéficié d’une initiation à la photographie, un apprentissage qui pourrait déboucher sur une formation professionnelle.
En 2013, deux jeunes suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse ont participé avec un groupe de collégiens à une master classe à Sonis avec l’artiste international malien Cheick Tidiane Seck à qui ils ont fait écouter des morceaux de leur composition.
Les éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse abondent dans la dimension intégratrice de la culture locale pour les jeunes comme moyen de leur renvoyer une image positive et de les rattacher à leur territoire, à l’instar de la pratique du gwoka qui peut restaurer l’estime de soi et le jazz, renouveler un intérêt pour l’autre.
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ilojazz-2013
Pas de musique sans musiciens
Pour que la musique vibre, les musiciens doivent pouvoir vivre de leur pratique et idéalement s’épanouir si le festival espère voir changer le comportement des auditeurs, trop habitués à la gratuité des biens culturels notamment films et musiques téléchargeables, privant tout le secteur du disque de rentrées pécuniaires. En ce sens, un autre aspect du festival vise à accompagner et soutenir les vocations des musiciens.
Des actions autour du festival ont ciblé les artistes en herbe mais aussi les professionnels en devenir. Une journée de rencontres professionnelles coordonnée par le pôle spectacle du Pôle emploi et la structure Kolimel a remplacé l’opération de speed meeting menée lors des éditions 2010 et 2011.
Marc Prévost, responsable du nouveau Pôle emploi culture-spectacle de Guadeloupe et Swanha Desvarieux* fondatrice et responsable de la structure Kolimel ont privilégié une double articulation: les présentations succinctes de structures en lien avec le secteur culturel et les échanges individuels directs. En tant que partenaire régulier du festival Ilojazz, Kolimel décroche des contrats pour les intermittents du spectacle comme techniciens ou autres durant l’événement.
Cette structure accompagne depuis 2002, les personnes qui souhaitent vivre des métiers de l’art par un travail d’information, de formations diplomantes, que ce soit dans le champ technique, administratif ou artistique.
Swanha Desvarieux travaille avec la ville des Abymes et particulièrement avec la cellule « Insertion par la culture » créée en 2007 et dirigée par Joël Coco-Viloin, très présent sur le terrain. Cependant, le nombre de candidats dépasse les capacités d’absorption de ces deux structures victimes de leur succès et du besoin en la matière pour notamment leur transmettre une vision lucide de ces métiers, de la réalité des parcours professionnels où ils devront alterner en permanence périodes d’emploi, périodes de chômage, périodes de formation, tant il est vrai que les métiers artistiques, techniques et administratifs de la culture nécessitent une mise à jour régulière des compétences.Â
Emportés par la passion du métier, seront-ils prêts à être en recherche permanente d’une mission, sans certitude du lendemain?
Enfin, au regard de l’ensemble de ce paysage, Jocelyne Daril, directrice des Actions & Politiques culturelles de Cap Excellence, estime que pour obtenir des résultats tangibles, il est impératif de ne pas se contenter de faire de l’animation du territoire et qu’il faut tendre avec toujours plus de conviction et d’effort vers une démocratisation de l’accès à la culture, et la concevoir comme «moteur du développement territorial».
C’est le parti pris adopté par les villes de Pointe-à -Pitre et Abymes, pour qui l’effort et l’investissement, consentis aujourd’hui,fabriqueront le public guadeloupéen de demain.
Ayelevi Novivor,
Pointe-Ã -Pitre
*Swanha Desvarieux, directrice de Kolimel, formatrice et chargée de parcours en ingénierie d’insertion **Christelle Evelinger, responsable des politiques institutionnelles, Direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse (DTPJJ) Guadeloupe
> Voir aussi Ilomind, rencontre professionnelle 2014

Commentaires
Remerciements !
merci à toute l'équipe...