Secteur caribéen de l’édition et mutations en cours
La fragilité du secteur caribéen de l’édition face aux mutations en cours - Le marché du livre dans la Caraïbe doit s’apprécier dans un environnement où les données font souvent défaut. Les habitudes de consommation, les pratiques de la lecture, les circuits de distribution ne font pas l’objet d’étude permettant une réelle approche prospective du secteur même si de grandes tendances régionales se dessinent tant au niveau des faiblesses du secteur qu’au niveau du rôle déterminant des principaux pôles d’édition dans la Caraïbe.
Un marché du livre à construire
L’absence de données statistiques récentes rend difficile l’appréciation de la réalité du marché du livre dans la Caraïbe.Face à son incapacité à générer des revenus directs, l’industrie du livre connait un affaissement significatif depuis ces dix dernières années. Les derniers chiffres connus illustrent une balance commerciale fortement déficitaire avec une valeur à l’importation de 250 millions de dollars EC contre 25 millions de dollars EC à  l’exportation.Â
Ce déficit de production touche les quatre principaux pays producteurs de livres de la région, c’est-à -dire la Barbade, la Jamaïque, Trinidad et le Guyana.
Cette situation reflète la fragilité ainsi que  la faiblesse des acteurs locaux de l’édition et peut s’expliquer par de multiples facteurs qui se retrouvent à des niveaux différents dans les pays de la Caraïbe anglophone et francophone en particulier. Les marchés de territoires de la Caraïbe sont restreints et les débouchés limités. Les entreprises du secteur notamment les éditeurs sont de petite taille, souvent des entreprises familiales dont la capitalisation ne permet pas un développement important et une approche agressive ou dynamique du secteur. Ces entreprises subissent la concurrence frontale que ce soit dans la Caraïbe anglophone et hispanophone ou dans la Caraïbe francophone de grands groupes anglo-saxons et français dont le catalogue est à la fois plus complet, plus compétitif avec le divertissement comme de fer de lance.Â
Le manque de ressources humaines qualifiées pouvant notamment exploiter les opportunités offertes par les nouvelles technologies et l’absence d’un réseau de distribution harmonisé ainsi que la commercialisation insuffisante des produits de l’édition régionale renforcent les difficultés du secteur.
Enfin, le maintien de l’offre d’édition sur les produits primaires (production papier) au détriment des produits multimédias et l’absence d’harmonisation des régimes fiscaux intra-régionaux sont autant d’éléments qui ne plaident pas en faveur de la compétitivité de l’économie du livre dans la Caraïbe.
Des initiatives territoriales dynamiques mais sans réelle portée régionale.
En Jamaïque par exemple, de nombreux auteurs de renom préfèrent s’installer aux Etats-Unis, au Canada ou au Royaume-Uni pour pouvoir accéder aux marchés internationaux et être publiés en dehors des frontières du pays. Cette situation ne doit pas occulter cependant la vigueur de ce secteur dans ce pays qui compte aussi une presse dynamique. Cette dernière est portée par les publications de The Gleaner Company avec des titres phares comme le Gleaner et the Sunday Gleaner dont le tirage peut atteindre 190 000 exemplaires le week-end mais aussi The Observer et The Herald sans compter les publications purement locales. Les réseaux de distribution demeurent souvent peu structurés avec des modes de ventes comme en Jamaïque encore fondés sur la vente à la criée ou dans de petits points de presse.
Dans la Caraïbe hispanophone, la situation est aussi contrastée. A Cuba, le secteur de l’édition est largement contrôlé par l’Etat. Il existe très peu de de libraires indépendants. L’accès aux auteurs étrangers même latino-américains demeure difficile même si la situation tend à changer. En effet avec le développement du livre numérique ou plutôt des copies électroniques de livre un marché parallèle s’est développé échappant au contrôle étatique sur l’édition. L’âge d’or de l’édition cubaine est aujourd’hui terminé. Les éditeurs étrangers qui veulent proposer des titres de leurs catalogues sur l’île doivent payer des taxes, ce qui est peu incitatif. Dans ce contexte apparemment difficile, le succès de la Havana's International Book FairÂ
 permet quelque peu de rompre l’isolement de l’île en la matière en faisant se rencontrer auteurs cubains et étrangers, maisons d’éditions internationales et un public nombreux (près de 2 millions de visiteurs en 2012).Â
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 Havana's International Book Fair
Un marché subventionné dans les départements d’outremer
Le marché du livre dans les départements d’outremer bénéficie d’un fort soutien des pouvoirs publics. En effet, les textes législatifs organisant ce marché ont créé un dispositif dérogatoire permettant de tenir compte des coûts liés à l’acheminement des ouvrages dans ces territoires ultramarins éloignés des centres de production. La loi sur le prix unique du livre  permettait la mise en place d’une majoration du prix éditeur pour tenir compte du transport. Ce dispositif s’est révélé incompatible avec l’objectif aujourd’hui affiché d’un accès plus large des populations ultramarines aux biens culturels. Le dispositif actuel permet un prix unique hexagone/outremer sur les livres scolaires et un prix supérieur à celui de l‘hexagone pour les autres publications. De plus, pour faire face aux frais de transport, le ministère de la culture subventionne les libraires pour compenser ce surcoût. Ce dispositif est géré par la Centrale de l'édition.Â
Ces faiblesses apparentes ne doivent cependant pas occulter le potentiel créatif de la région dont  la mise en place de pratiques commerciales pensées et intégrées peut permettre un développement significatif.
Le poids de l’édition scolaire dans ce secteur
Les principaux éditeurs de la Caraïbe anglophone font une place très importante aux œuvres scolaires et académiques dans leurs catalogues. Il s’agit de se positionner pour un public captif pour favoriser une rentabilité minimale assurée de l’édition du fait du soutien des organismes publics à ce secteur soit par les aides à l’achat, soit par l’achat direct par le biais des écoles et des universités et par des acquisitions de bibliothèques.  Il existe une certaine frilosité à  investir le domaine des œuvres littéraires de fiction, au succès difficilement anticipable. La taille réduite des marchés n’est donc pas la seule explication à ce phénomène. Il est intéressant de noter que quelles que soient les aires culturelles et linguistiques de la région, cet intérêt pour les publications scolaires est largement partagé. Il prend la forme d’un investissement important des éditeurs pour ce type de format. Il peut s'agir aussi d’un soutien indirect comme dans les départements d’outremer par un alignement des prix sur les tarifs hexagonaux permettant de limiter le coût à l’achat dans ces territoires.
Aller plus loin sur le secteur de l'édition en Caraïbe.
Nous remercions l'ICFC (Institut de Coopération Franco Caraïbe) pour cet extrait de La Link 8 qui présente un dossier très complet sur le marché de l'édition en Caraïbe
